Le clivage politique de 2021 se fera-t-il sur base de l'égoïsme?

En février 2019, je posais sur ce blog la question du fait que, niveau économique, la droite prônait des positions égoïstes face au reste de la société.

Je ne m'attendais pas à ce que, 3 ans plus tard, la question se pose au niveau de la santé.

Actuellement, la crise du Covid-19 nous aura démontré une chose: une certaine vision du monde ne met plus en avant que les plus individualistes d'entre nous (si l'on sort des microcosmes de la santé, où le serment d'Hippocrate et - on le suppose - un certain profil psychologique altruiste les maintient dans un état de solidarité humaine au travail tout en leur donnant accès à une certaine reconnaissance).

Je ne vais donc parler ici que de ceux que l'on voit et que l'on entend dans les médias.  En dehors de ceux-ci, il y a sans doute un pan complet de la société qui vit cette période sans trop broncher et qui, tant bien que mal, restera dans sa lignée d'avant quand on sera sorti.  Cette société "du milieu" ne respecte sans doute pas la "bulle de un en intérieur" car elle reçoit sans doute des couples ou des bulles d'autres familles mais elle ne prend pas les transports en commun s'ils sont bondés car elle fait juste fonctionner son bon sens.  De même, elle ne respecte peut-être pas la "bulle de quatre en extérieur" si elle doit inviter une bulle de trois et se retrouve donc à six ou sept avec seulement deux bulles mais ce n'est pas pour s'opposer - car par ailleurs, elle ne participe pas aux grosses fêtes en extérieur - c'est juste parce qu'elle suit ce qui lui parait logique. 

Pour les autres, de quelque pan de la société que ce soit, on n'entend plus que des "moi-je" et des plaintes dans les médias. 
Ceux qui ont les moyens d'être confinés dans des situations relativement agréables de par leur situation socio-professionnelle se plaignent des comportements des jeunes (appelés racailles mais surtout s'ils ne sont pas de la même couleur de peau) qu'ils ne comprennent plus car cela postposerait "leur" sortie de crise et leur retour aux vacances à l'étranger.
Par la même occasion, comme ils ont les moyens de payer les amendes, certains enfreignent franchement la loi mais ils se plaignent alors de l'exagération de la justice ou de la police s'ils se font prendre, sans assumer la responsabilité du risque qu'ils ont pris (coucou Waterloo).

Ceux qui avaient très largement ces moyens mais qui les avaient gagnés grâce à un travail qui est maintenant - par la force des choses - mis à l'arrêt sont maintenant bien embêtés.  Après avoir souvent fustigé pendant des années cette force publique qui leur prenait bien trop de taxes - qu'ils trouvaient injustes - pour payer des soins de santé et des allocations à des "moins courageux" ou des "plus faibles", les voici de l'autre côté de la barrière, avec leur survie qui dépend maintenant des taxes que d'autres paient en sus de l'utilisation de leurs réserves et c'est visiblement déstabilisant.  En résultante, ils s'en prennent à ce pouvoir public qui ne leur en donne pas assez ("alors que les flamands, eux..") ou à tous ces gens qui peuvent encore travailler alors que eux ne peuvent pas. 
Ils trouvent aussi souvent que tous ces experts qui influencent les décisions - n'allant pas dans leur sens - sont sans doute de mauvais experts et ils en trouvent ainsi d'autres qui vont dans leur sens pour valider leurs plaintes.  Beaucoup de gens de cette obédience sont catalogués comme électeurs "de droite". 

Viennent aussi ceux qui vivent dans des conditions moins agréables.  On peut y regrouper aussi bien les moins bien nantis que les jeunes initialement moins à plaindre.  Les premiers "vivent à sept dans de petits appartements sans jardin" et se ruent à la mer dans des trains bondés dès que c'est possible.  Une partie d'entre eux manifeste en rue en dégradant le bien public ou les magasins de gens qu'ils imaginent nantis en suivant ainsi un effet de groupe dévastateur et non réfléchi de gens qui veulent se rebeller contre ceux qui ont plus de biens qu'eux.  Bien qu'étant clairement électeurs de gauche, leurs demandes sont quand même avant tout individualistes.  En effet, leur positionnement est là en rapport à la société de consommation et à des envies consuméristes auxquels ils n'ont pas accès.
Les seconds sont souvent plus "éduqués" car ayant accès - pour des raisons sociales - à une autre éducation via les études supérieures.  Ils ont les mêmes défauts lorsqu'ils sont en bande: s'opposer aux représentants de l'ordre au cri de "rendez-nous nos libertés" alors qu'ils n'ont même pas l'idée de ce qu'est vraiment une répression comme les étudiants de Tien An Men l'ont connue.
Si on devait leur coller une étiquette, elle serait sans doute "libertarienne", ce qui se catalogue par un individualisme exacerbé. 

On trouve enfin la catégorie transversale des gens qui ont une expertise dans un domaine autre que celui de la santé et qui trouvent que les experts choisis pour conseiller le gouvernement se trompent.  On les appelle les "covido-réalistes".
J'avoue, de par ma propension à toujours essayer de rester ouvert au doute, qu'ils m'interpellent souvent. On ne parle pas ici des égocentriques qui ne font cela que pour être dans la lumière.  Ceux-là font très vite le pas de trop de côté qui leur coute leur crédibilité et le soutien des gens.
On ne parle pas non plus des complotistes qui y voient complot sur la 5G, extermination de masse programmée ou manipulation financière des big pharmas.  Ceux-là n'amusent qu'une partie désespérante de la population.
Par contre, parmi ces réalistes, plusieurs thèses intéressantes se propagent.  Citons le fait que le virus ne soit quasi pas transmissible en extérieur et que donc, les évènements et manifestations ou autres terrasses d'Horeca ne seraient pas un problème.  Citons aussi le fait qu'il y aurait plus de dégâts psychologiques dans la société que via la pandémie ou encore que les dégâts économiques seront bien plus grave que la maladie à laquelle nous sommes confrontés.  J'avais d'une certaine manière abordé cette hypothèse lorsque l'on discutait de sauver l'humain plus que l'économie il y a quasi pile un an et soyons clair qu'à long terme, je n'ai pas encore d'avis tranché sur la question.   

Toutes ces personnes qui défendent une vision de ce type trouvent souvent support de leurs revendications dans des cartes blanches de "l'Echo" ou de "La Libre", sur les chaînes privées plus que dans "Le Soir" ou dans le service public qui sont plus attachés aux visions veillant à limiter ce qui semble le calcul le plus juste au moment même. 
NDLR: je place "Le Vif" sur un autre plan car je trouve que de leur côté, ils ne se positionnent pas vraiment et font feu de tout bois, ce qui permet d'avoir un panel de choix mais qui empêche - à mon humble avis - à un positionnement dans ce débat. 

En conclusion des débats de toutes ces catégories qui se plaignent, on retire une constante qui est que de quelque côté que tu regardes, ils sont prêts à sacrifier une partie de la population, celle des statistiques, celle qu'ils sont convaincus qui ne les concerne pas et ne les touche pas pour retrouver leurs libertés.
Comme le disait Staline: “La mort d'un homme est une tragédie. La mort d'un million d'hommes est une statistique.”  

La vision de ces gens est, pour moi, une vision conservatrice (de ce que l'on appelle trop souvent la droite).  Penser que son droit personnel à la vie rêvée, que ce soit de manière consumériste sans avoir à faire d'effort particulier ou que ce soit de manière darwinienne en espérant être du côté des plus forts pour continuer sa vie quand les faibles périssent, ce n'est en tout cas pas du progrès.
Quant en plus la plupart de ceux qui défendent ces visions du progrès en politique font partie de la catégorie des nantis avec, en plus, la carte bonus "profession essentielle" qui leur permet de vivre quasi comme avant, difficile de croire qu'ils savent de quoi ils parlent.

Il en ira sans doute de même avec le changement climatique.  Il y a fort à parier que l'ensemble des individualismes fera que rien ne changera dans l'ensemble et qu'il est temps de se préparer à anticiper les problèmes.  Après, de là à savoir si la vision "solidaire" est compatible avec une vie qui s'annonce largement plus compliquée pour un grand nombre dans une race humaine dont le fond ne me semble pas fait pour, c'est un pari à prendre pour l'avenir....

il est donc à craindre que le futur politique sera plus que jamais une mise en avant du populisme et de l'égoïsme. 
Sauf si le "peuple du milieu" dont je parlais en début arrivait à se regrouper derrière un objectif commun...

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