Sauver l'humain plus que l'économie. Oui, mais après?

Hier, j'ai réagi sur un tweet de François De Smet (président de Défi) qui réagissait lui-même à un tweet déplacé de Jean Quatremer, journaliste polémiste qui avançait la question sur l'intérêt d'arrêter l'économie pour - je le cite - "une pandémie qui a tué moins de 100.000 personnes", ce qui m'a valu d'apparaître dans un article du Vif.  Il ajoutait - pour bien accroître la polémique - que ces personnes étaient de toute manière majoritairement en fin de vie.
Illustration d'Anne Guillard

Je pense qu'il ne faut pas s'arrêter à la forme de cette polémique.  En effet, par rapport à d'autres causes mondiales, cette pandémie ne tue peut-être que "peu de monde" pour sa vision (mais une vie perdue de manière non naturelle n'est-elle pas déjà une vie perdue de trop?) parce que beaucoup de gouvernements ont pris des décisions fortes et radicales.
On peut supposer que sans ces interventions, le nombre de morts serait bien plus élevé.  On peut penser, vu l'état de beaucoup de systèmes de santé, qu'au chiffre du tweet ci-dessus, il aurait fallu rajouter plusieurs zéros.  Ce tweet était donc dispensable.

Maintenant, il faut pouvoir se poser les bonnes questions derrière la polémique.  Nous savions qu'une crise économique se préparait.  Le dérèglement climatique mettait tout en place pour ce faire et même si les collapsologues étaient sans doute un peu radicaux, les constats qu'ils envisageaient posaient des questions et laissaient à penser que "le pire était à venir".  On ne s'attendait simplement pas à ce que ce soit si rapide. 

Ne faut-il donc tout pas faire pour sauver une "certaine" économie, quitte à prendre certains risques calculés?

Je ne pense pas qu'il faille sauver l'économie actuelle, dirigée par des financiers inhumains pour qui une personne est une source potentielle de profit et pour qui, une entreprise qui licencie avec une balance financière positive est une entreprise qui augmente sa rentabilité, faisant fi des drames humains potentiels.
Je pense par contre qu'il faut tout faire pour sauver une autre économie.  Une économie de la responsabilité sociétale (ISO 26000), une économie résiliente, une économie qui prend l'humain en compte.  Bref, une économie d'un nouveau monde.

Que risque-t-il de se passer si l'on se contente à court terme de "sauver des vies" au détriment d'un système qui permet de faire fonctionner les systèmes de santé, les systèmes de sécurité sociale et autres systèmes de redistribution?


Deux hypothèses pessimistes: 
  • la première, on arrive à un système épuisé, où, faute de revenus, les soignants et autres métiers basiques nécessaires déclarent forfait et l'état "providence" n'a plus les moyens de proposer des biens de base à à sa population.  On se retrouve alors devant un système où les morts ne seront peut-être plus directement liés au Covid, mais bien à la famine, la malnutrition, un tas d'autres maladies et conséquences d'accidents que nos systèmes actuels permettent de soigner.
    On aura donc gagné à court terme contre le Corona Virus, mais à long terme, l'humanité sera perdante et la balance des décès sera vite déséquilibrée.
  • la seconde nous ramène dans les années 30 du siècle passé.  Une crise économique mondiale et majeure prépare une opposition entre les peuples et il suffit de l'un ou l'autre illuminé en puissance pour que tout dégénère.  Dans une époque où Orban s'est donné les pleins pouvoirs en Hongrie et où Trump fonctionne toujours au radar alors que l'Europe part en vrille, est-il vraiment aberrant d'imaginer que l'on soit au bord d'une certaine guerre qui pourrait, comme celle du siècle passé, faire des morts en quantité?  Là aussi, la balance des décès serait vite déséquilibrée.
Oui, il faut conserver ses valeurs humanistes et tout faire pour sauver les gens du Covid 19.
Mais il faut pouvoir garder une vision à long terme et mettre en place une solution qui tient compte  d'un éventuel "après".
Sauver les gens maintenant pour les laisser mourir (ou en laisser mourir d'autres) plus tard dans des conditions encore pires, est-ce un risque acceptable?

Vaut-il mieux mourir à 89 ans du Covid au calme en maison de repos ou à 5 ans, de malnutrition dans la rue, comme c'est le cas dans de nombreux endroits du monde où le système social n'est pas performant? 
Je n'avancerai pas de réponse à cette question qui est faite pour les philosophes, pas pour les ingénieurs dont l'objectif est de rêver des solutions pour tous les cas, grâce à la recherche et au travail qui demande un système "que l'on peut qualifier d'économique" performant.

Si on ne sauve pas une "certaine" économie (mais il faut l'installer sur des piliers éthiques et solidaires), non seulement, ce que l'on craignait avec le dérèglement climatique ("nos enfants vivront moins bien que nous") sera une réalité, mais en plus, cela pourrait arriver beaucoup plus vite que dans nos pires cauchemars. 

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