La particratie, cette dictature qui ne dit pas son nom...

Alléluia, nous avons un nouveau gouvernement fédéral.
On me demande si je suis content et enthousiasmé par la déclaration gouvernementale.
Franchement? 

Comme je le dis depuis des mois, on ne fera pas un monde de demain avec des élus formattés hier.
Donc, non, je ne suis pas enthousiaste.
D'abord, parce qu'une déclaration d'intention n'est jamais que ce qu'elle dit être: des intentions.
Après, les petits jeux politiques reprendront sans doute le dessus durant la législature et les promesses d'hier ne seront sans doute pas les concrétisations de demain.

Ensuite, parce que je vois déjà plusieurs points catastrophiques pour les francophones:
  • les principaux ministères sont sous la coupe des flamands qui ont déjà démontré par le passé que leur projet autonomiste transcendait, de leur côté, les partis.  Même Groen et Vooruit ont déjà eu des positionnements "pro-flamands" qui laissent craindre que la prise en main du pouvoir par la Flandre va continuer.  Il est d'ailleurs "amusant" d'entendre Paul Magnette dans son "grand oral" expliquer que contrairement au passé, les négociations se font maintenant principalement en flamand.  
  • l'idéologie anti-nucléaire a pris le pas sur le bon sens climatique.  Vouloir faire un trophée d'une décision dogmatique dont tous les indicateurs démontrent que - même si symboliquement, cela pourrait permettre de booster les énergies renouvelables - tout qui s'appuie sur la science sait que cela ne suffira pas pour diminuer significativement les émissions de CO2 et que l'on s'engage sur une mauvaise voie pour l'autonomie énergétique.
  • Le casting, qui fait la part belle aux dynasties et au népotisme démontre que notre système est malade de sa politique.  Le problème des dynasties était déjà important au niveau des élections, car le nom permettait d'avoir accès à des listes et de facto à des mandats sans jamais avoir fait ses preuves hors politique.  Maintenant, comme on joue sur un faux renouvellement, on change les personnes, mais elles ont toutes été biberonnées à la politique "particratique".  Même chez écolo, on se met à choisir des "famille de" ou des gens qui ont - si les statuts sont toujours les mêmes - déjà du demander 2 ou 3 dérogations pour pouvoir continuer à faire de la politique un métier.  
  •  Le cafouillage sur le positionnement sur les pensions démontre que les partis de la coalition ont des visions différentes des mêmes sujets.  Il est donc à supposer qu'on va au devant d'une législature "à minima" de décisions, pour éviter qu'un des partis ne débranche la prise.
    So long pour les visions fortes et disruptives.

En parlant de disruption, l'affaire Georges-Louis Bouchez est un révélateur de plus que la particratie est une dictature qui ne dit pas son nom.
Tant que tout se passe bien et que le "chef omnipotent" agit dans l'intérêt d'un maximum de ses "camarades", on camoufle la vérité sous une apparence de démocratie interne.
Mais une fois que le chef a reçu le pouvoir absolu et qu'il en tire un intérêt qui va à l'encontre de la majorité qui désire ses petits avantages entre amis, là, on voit les limites du système.
Le problème de GLB semble être qu'il est égocentrique, qu'il a une opinion de lui-même qui dépasse toutes les limites vues à la télé depuis Anne-Marie Lizin et surtout, un orgueil - comme la majorité de ses semblables en politique - qui explose les normes.
Après, il permet de démontrer un système.  Oui, quand un(e) président(e) a accédé au pouvoir dans un parti, il est omnipotent.  Bien évidemment, c'est différent chez Ecolo même si certaines sorties récentes laissent à penser qu'on y laisse aussi beaucoup de libertés dans certains domaines (ultra-féminisme, positionnement religieux) sans vraiment demander son avis à la base.
La politique belge, vu l'influence des partis, n'est pas démocratique.  Les listes électorales sont formées par les président(e)s et leurs équipes rapprochées et si vous ne démontrez pas allégeance et loyauté sans faille, vous n'avez aucune chance.
Sauf que parfois, comme lors des affaires politiques où l'on découvre que des élus (qui l'avaient été via les boudins compotes et les amis d'amis) avaient des profils d'extrême vénalité voire de problèmes de comportement frisant l'illégalité, on a des dérapages sur qui accède au pouvoir.

Je suis le premier à m'attaquer à GLB sur les réseaux sociaux, non pas par rapport à ses idées mais bien par rapport à sa personnalité qui me fait peur quand on sait qu'il pourrait avoir accès au pouvoir ultime.  Il a les défauts de Trump (l'amour de soi-même et le fait d'être prêt à tout pour obtenir ce qu'il veut, qui est souvent uniquement à son profit) mais est beaucoup plus intelligent et charismatique, ce qui en fait - selon moi - une personne dangereuse dans un monde en proie à une crise de confiance où l'on sait que le "suivisme" est souvent la première réaction du peuple.
Par contre, je reconnais qu'il a permis de démontrer les limites d'un système.  Quand on voit que les gens qui l'ont soutenu en espérant tirer parti de son hyper médiatisation et son côté jeune chien fou sont maintenant les premiers à le poignarder dans le dos parce qu'il ne fait pas usage du pouvoir qu'ils lui ont confié dans le sens qu'ils espéraient, c'est assez révélateur d'un système.


Bref, tout cela pour conclure qu'en effet, notre système politique est malade, que la particratie pervertit tout: le documentaire "Saint Nicolas est socialiste" - que je vous conseille - démontre les limites de ce système au niveau local et le cinéma des élus obligés de passer la nuit à se raconter des histoires - que personne n'écoute vraiment vu qu'on sait tous que le vote final sera "majorité contre opposition" - démontre que le parlement n'est plus qu'un exécutant du gouvernement qui n'est lui-même qu'un amalgame de décisions particratiques.

Mais comme tous les dirigeants y trouvent leur avantage et que la perversion du système fait que le désamour (via le vote blanc ou abstention) est difficile à émettre (vote obligatoire) et n'a de toute manière aucun impact (calcul sur les votes valables), pourquoi changerait-il? 

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