Ecolo est-il encore un parti modéré?

Je suis (du verbe suivre) Ecolo depuis 1996.  D'abord parce que j'ai toujours eu une fibre environnementale, du côté de la protection des animaux ou de la promotion de la biodiversité et ensuite parce que ce parti s'est toujours positionné comme voulant changer le "comment" de la politique, en y mettant plus d'éthique et de gouvernance, ce qui reste pour moi la condition sine qua non de toute évolution: on ne changera pas le "comment" politique si on ne change pas le "qui" et pour changer le "qui", il faut mettre des règles strictes.  
J'ai ainsi souvent défendu Ecolo contre les attaques injustes, principalement du MR, en campagne électorale.
Pour les avoir également connus de l'intérieur, je sais que les adversaires d'Ecolo - ceux qui essaient d'éloigner d'eux les électeurs modérés et ceux du centre/centre droite - faisaient grand bruit de la présence de Zoé Genot - pasionaria dont j'admire les valeurs et la combativité - tout en amplifiant souvent ses idées radicales mais souvent justes. Il faut en effet reconnaître que quand on creusait, la méthode qu'elle prônait était le rassemblement des gens autour de ses valeurs.
Je sais aussi qu'il y a toujours eu des tendances à l'intérieur d'Ecolo et que ces tendances ont souvent lutté intérieurement de manière brutale.


Tout ceci semble du passé.  Je crains que la génération 2021 d'Ecolo soit en passe de se mouvoir dans un tout autre monde: une espèce de sectarisme radical qui ne mène plus à la globalisation d'un combat pour changer les choses mais la mise en avant d'un combat pour le combat avant tout et plus pour la finalité.
Clarifions dès le départ: mon propos est un constat basé sur des échanges sur les réseaux sociaux et des articles de presse peut-être dirigés et racoleurs.  Contrairement aux années 2000 où je voyais ce qu'il se passait de l'intérieur, c'est actuellement un avis purement extérieur et peut-être (sans doute?) tronqué.  
C'est d'autant plus surprenant que les personnes déléguées au pouvoir dans les actuels gouvernements sont de qualité et semblent faire un travail consensuel et intelligent.
Mais le constat sur le terrain des échanges reste.

En effet, là où avant, c'étaient certains militants qui faisaient parfois preuve de radicalité en dépassant leurs dirigeants, ce sont maintenant les élus et les dirigeants d'Ecolo qui font dans l'excès.
Deux "combats" sont particulièrement représentatifs de cet état de fait: 
- Le féminisme 
- La lutte contre le racisme

Ces deux combats sont importants et doivent être menés par tous les partis afin de faire évoluer les choses vers plus d'équité entre les deux pendants de l'Humain et faire reconnaître que les discriminations sur base de la couleur de peau ou de l'origine ethnique ne sont pas acceptables.

Par contre, vouloir faire croire que tout qui n'est pas d'accord avec "la vérité" que certains militants de ces causes mettent en avant est un ennemi, un con voire un fasciste est inacceptable pour des personnes qui représentent, démocratiquement, une grande partie des citoyens électeurs.
On trouve pourtant ces comportements simplificateurs sur les réseaux sociaux depuis le top du parti jusqu'aux représentants parlementaires.
Actuellement, si tu es un homme blanc de près de 50 ans, on te décrit comme un tel privilégié que tu n'es pas susceptible d'avoir un avis intelligent sur aucun de ces deux combats.
C'est faux et en plus, c'est con(tre-productif).


Je peux comprendre que pour mettre en avant ces luttes, on ait envie de faire des amalgames et de vouloir rebondir sur la vague "Georges Floyd" pour la lutte contre le racisme.  Mais mettre au même niveau des drames qui impliquent - souvent de manière accidentelle (vérité judiciaire) - la police, voire des réactions à des agressions lors de contrôles justifiés dans certains milieux et un assassinat de sang froid, c'est intellectuellement faux et indigne de représentants politiques.  On ne lutte pas contre des amalgames avec d'autres amalgames.
Personne ne dit qu'il n'y a pas d'abus et qu'il ne faut pas lutter contre ces abus, mais vouloir occulter que ce n'est pas si simple et que le manichéisme n'est pas un cheval de bataille acceptable est un mauvais signal pour un parti responsable.
Pire encore, dans la lutte contre la discrimination des femmes, certains sur les réseaux sociaux vont jusqu'à remettre en cause le fait que d'autres harcèlements que celui à l'encontre de la femme puissent avoir également droit de cité.  Il y aurait le "bon harcèlement" et le "mauvais harcèlement".  Venant de groupes de piliers de comptoirs, ok mais d'élus politiques?

Tout ceci pourrait être anecdotique, sauf que nous sommes dans un monde où les luttes à mener sont sur plusieurs fronts et sont extrêmement importantes.  L'humain a plus que probablement déjà perdu la lutte contre le dérèglement climatique et il faut qu'il se mette en ordre de marche pour s'adapter à l'avenir afin qu'un maximum de personnes ait à en souffrir un minimum.  Il faut apprendre à ne plus "avoir envie" mais à plus "être heureux de satisfaire ses besoins".
L'humain est en train de perdre la lutte contre la maladie, car là où les publicités mettaient en avant en permanence combien l'espérance de vie était plus élevée dans ce siècle que dans les précédents, les futures canicules à répétition, les maladies liées à la pollution et aux virus difficiles à combattre vont sans doute refaire basculer ces constats dans d'autres directions.

Bref, si l'humain n'apprend pas qu'il doit collaborer et être solidaire pour mieux vivre demain en groupe, il n'évoluera pas vers un mieux personnel.
Et si un parti qui a toujours fait son credo de l'écologie politique, soit la solidarité au niveau mondial (on ne sauvera pas nos concitoyens sur le dos des pauvres ailleurs et plus tard) commence à faire de la politique en mettant en place des clivages au niveau régional sur base de caricatures, on n'est pas sauvé.  En tout cas, eux n'auront pas de solutions intéressantes à proposer... 

Il n'est sans doute pas trop tard, mais il est temps que les écolos se reprennent et se rappellent leurs combats prioritaires et qu'on lutte mieux tous ensemble contre des injustices que chacun dans son coin, avec son petit groupe de convaincus.

Commentaires

  1. Oh là, je t'ai déjà connu nettement plus inspiré dans tes analyses.
    Diantre, voilà Ecolo accusé de devenir "une espèce de sous-sectarisme radical " ....
    Je te pensais plus fin observateur que de simplement relever quelques post FB .....

    Je t'invite à lire la très pertinente interview de Rajae Maouane dans La Libre de ce WE.
    Tu y liras son analyse toute en finesse, en complexité mais en aussi en tout en clarté dans le positionnement.

    https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/rajae-maouane-il-y-a-un-fosse-generationnel-dans-le-mouvement-antiraciste-5f08a7f59978e25031bbe751?fbclid=IwAR3wSP39xenBvoPCslkvGYO_wfM3hQRTkU-P7_ItzB2OqmVA5aCbwJpCEG4

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    1. Comme je l'ai dit à Patrick, je ne suis pas abonné à la Libre (trop d'Etienne Dujardin à mon goût). Donc, je ne peux me fier qu'aux actes de certains sur les réseaux sociaux de la quinzaine....
      Et je ne globalise pas à tous, je dis juste qu'ils laissent faire...

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