Racisme en Belgique, vraiment dans tous les cas?

L'embrasement de la société suite à l'affaire Georges Floyd, n-ième cas de violence raciale "anti-noirs" aux états-unis a amené au devant de l'actualité un problème critique et important mais a aussi amené son lot de tentatives d'amalgames et de récupérations plus ou moins douteuses.

Le cas des Etats-Unis est symptomatique: certains blancs, colonisateurs, et leurs descendants y ont toujours - tout au long de leur histoire - opprimé les minorités ethniques.  Que l'on aille des amérindiens aux noirs en passant par les latinos, ils ont toujours cherché à soumettre ceux qu'ils désignent comme "de moindre valeur".  Que ce soit via l'esclavage, l'apartheid ou simplement la ghettoïsation ou l'emprisonnement pour des raisons futiles, l'histoire américaine est remplie de minorités ethniques opprimées par ceux qui se pensent supérieurs.  On peut vraiment parler de problème systémique car les dirigeants de l'état acceptent une situation de faits que les lois ne semblent pas remettre en cause.  Pire, de Nixon à Trump en passant par Reagan, ce racisme a limite été institutionnalisé par des présidents soutenus par des lobbies frôlant avec le suprématisme blanc.

Avoir des soulèvements qui demandent plus d'égalité et de justice dans ces conditions est tout à fait compréhensible et est à soutenir. 


Je peux mettre sur le même plan le besoin pour les héritiers du "congo belge" de vouloir mettre à l'actualité des exactions des belges colonisateurs et leur comportement inacceptable envers les populations locales.  Que cette expression se concentre sur des dégradations de biens publics (qui seront restaurés au frais du contribuable) ou des rejets d’œuvres d'art que peu de monde associait jusqu'ici à cette situation me laisse pensif, mais je peux encore le comprendre et ne pas avoir d'avis tranché sur la question.

Par contre, j'ai plus de mal avec deux évolutions remarquées cette semaine en Belgique et en France:
- L'amalgame fait entre tous les drames impliquant des "non blancs" et un racisme soi-disant institutionnalisé via les violence policières;
- La mise en avant d'une certaine victimisation de personnalités visant à démontrer que leur harcèlement sur les réseaux sociaux serait lié à leur couleur de peau ou leurs origines (parfois issues de plusieurs générations en arrière).

Je sais que quoi que je dise, en tant qu'homme blanc, mon avis ne sera pas acceptable pour un certain nombre de personnes chez qui il faut être racisé (je n'aime pas ce mot mais puisqu'ils l'utilisent pour se différencier...) pour pouvoir aborder ces problèmes.  Tant pis, je donnerai ma vision pour les autres qui s'y intéressent. 😁

Pour le premier cas, même si elle aussi a été - par certaines personnes plus radicales - cataloguée comme faisant preuve d'un langage frôlant avec le racisme, je me baserai sur la vision que je trouvais factuelle d'Anne Gruwez, la juge d'instruction rendue célèbre par l'émission "Strip-Tease".
Pour elle, il fallait faire une différence entre le fait que dans "ses cas traités", il y avait une majorité de "non blancs" car le type de méfaits dont elle s'occupait touchait des problèmes de droit commun et que ces cas concernaient en effet en majorité des "non blancs" de par le fait qu'ils étaient souvent dans des situations plus précaires qui mènent à la délinquance.  Ces situations ne sont pas liées à leur couleur de peau mais bien au fait qu'ils arrivent, eux ou leurs parents, avec des situations économiques complexes qui ne leur permettent pas de s'insérer aussi facilement dans la société que ceux qui ont dès le départ plus de chance dans la vie.
Pour elle, les délinquants "blancs" sont également poursuivis par la justice, mais dans un autre département que le sien, car souvent pour des crimes fiscaux.  Ce sont des criminels "en col blanc" moins médiatisés car moins nombreux (mais pour un impact sociétal aussi important mais c'est un autre débat). 
Je suis personnellement assez en accord avec cette vision: c'est la misère, la pauvreté et la précarité liée à des situations de migration économique actuelle ou dans les générations passées qui amènent un plus grand nombre de ces personnes dans une certaine délinquance et qui fait que la lutte entre eux et les forces de l'ordre et la justice soit plus fréquente et plus médiatisée.

Contrairement aux Etats-Unis, où la volonté est souvent d'opprimer les noirs, l'Europe, en particulier la Belgique a mis en place des arsenaux juridiques pour lutter contre les discriminations et le racisme.

Alors, oui, il y a sans doute une infime partie des policiers qui est raciste à la base parce que leur logiciel de départ est pourri; oui, à force d'être confrontés sur le terrain à la délinquance qui implique certains profils typiques, une partie d'entre eux a sans doute tendance, de manière injuste, à se tourner plus facilement vers des personnes racisées lors de contrôles, ce qui entraîne un stress du côté des contrôlés et des fuites ou énervements qui dégénèrent parfois (heureusement rarement) et mènent à des drames.  
Mais il reste, selon moi, une marge énorme entre un drame lié à des "courses-poursuites" de personnes en fuite et un assassinat limite de sang froid d'un policier sur une personne à terre et maîtrisée.
    
Pour le second cas, je trouve qu'on a le même système de mise en avant avec certains "racisés" se disant harcelés qu'avec certaines féministes.  Le problème ne devrait pas tant être le type de harcèlement que le harcèlement en lui même.  
Je le répète, je sais bien qu'en tant qu'homme blanc, mon avis n'aura jamais autant de valeur pour certains sur ces sujets que des personnes qui ont justement pour seule caractéristique d'être dans ces minorités.    
Sauf que bien qu'homme blanc, je fais (ou ai fait) aussi partie d'autres minorités et ai aussi eu à subir du harcèlement qui, là, n'est comme par hasard pas autant mis en avant.
Ma vision est d'ailleurs que quand on regarde les chiffres bruts et factuels (et que l'on sort donc de l'émotion et du ressentiment) en les mettant en perspective avec des chiffres de population, il n'y a pas de personnes plus qualifiées que d'autres pour donner un avis.

Je ne nie bien évidemment pas que les problèmes existent et qu'il faille les combattre.
Je ne crois par contre pas que ce soit toujours lié au sexe ou à la couleur de la peau mais juste au fait que dans la société, il y ait un tas de "gros cons mal éduqués avec une mentalité de merde" pour des raisons diverses et que ces personnes aient besoin de dérivatifs à leurs frustrations.
Ces dérivatifs sont souvent dirigés vers des personnes - à leurs yeux - plus faibles car il est reconnu que beaucoup de gros cons ne se sentent jamais plus forts que s'ils ont l'impression d'avoir une puissance de domination sur l'autre.

C'est pourquoi:
- Les groupes de beaufs harcèlent les femmes. A Bruxelles, parmi les beaufs, il y a beaucoup de racisés.
- Les groupes de policiers "durs" harcèlent les potentiels délinquants. Parmi ces policiers, il y en a qui sont d'ethnies différentes. 
- Les groupes de jeunes "qui se croient mieux que les autres" harcèlent les roux, les gros, les bègues, etc.  Dans ces groupes de jeunes, on trouve des racisés et des filles.
- etc.
Le problème est transposable sur les réseaux sociaux.

Selon moi, le problème - dans nos contrées car ce n'est pas le cas partout - de harcèlement n'est pas tant un problème "systémique" au niveau de la race, de la couleur de peau ou de l'origine qu'un simple problème de domination et de pouvoir qui fait que des groupes humains, lorsqu'ils se mettent ensemble, cherchent à asseoir un certain effet de groupe et à montrer que ce sont eux les plus forts.

Après, je ne nie pas non plus qu'il y ait des problèmes dans la société liés à l'histoire de son organisation et de sa culture qui font qu'un changement de mentalité mette plusieurs générations à se mettre en place, ce qui sous-entend:
- que la "femme majoritairement au foyer" du siècle passé met du temps à trouver son égalité dans ce siècle dans un monde où on lui a toujours mis sur la tête la gestion de la famille (souvent sur le simple fait qu'elle est la seule à physiquement donner la vie) et qu'il faut pousser à ce changement de mentalité;
- que le "belge d'origine étrangère" met du temps à trouver son égalité dans un monde où on l'a souvent, pour raison économique, cantonné à des jobs peu reluisants parce qu'il était moins regardant, ayant besoin d'argent juste pour se nourrir et nourrir sa famille. Ma génération a connu le racisme "anti-italiens" lorsqu'ils sont arrivés pour occuper les postes dont les belges ne voulaient pas.  Et pourtant, ils étaient blancs.
    
Ces problèmes n'ont - pour moi - rien à voir avec le harcèlement que certains dénoncent.

Le harcèlement est un problème de société entre des groupes (qui se pensent plus forts et/ou majoritaires) et des minorités.  Essayer d'en faire une affaire de racisme ou de système est, selon moi, une erreur car cela focalise sur une partie des problèmes tout en en occultant une autre partie.

En conclusion, il ne faut pas se tromper de lutte et bien séparer les problèmes selon les situations et les cultures.  Il faut combattre avant tout les causes du racisme et ne pas se focaliser sur ses conséquences potentielles.

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