Grand retour de l'allocation universelle !

La semaine passée, je fus surpris d'entendre de la bouche de certains - qui avaient promulgué puis enterré l'idée - le grand retour des discussions sur l'allocation universelle à la suite de la pandémie actuelle.

En effet, en ces temps de Corona Virus, l'occupation a repris le pas sur l'emploi pour bien des personnes.  Et si j'en crois les réseaux sociaux après quelques semaines de confinement, elles ne disent pas spécialement que la vie serait bien plus belle en ne faisant rien.  Le mythe d'"Alexandre le bienheureux" serait bien avant tout une histoire de cinéma pour beaucoup d'entre nous.
Bien au contraire, je lis bien plus de personnes qui sont en demande de retourner au travail que de personnes qui ont découvert que la paresse était leur nouvel eldorado.
Cet état de fait me laisse à penser que l'argument principal "contre" ce revenu universel ne tient pas la route: non, sur le principe, il ne va pas créer des cohortes de fainéants, des inégalités encore pire (dépendant des principes que l'on choisira) et mettre la société à genoux.

Développons...


Mon objectif via ce blog est d'ouvrir les yeux de certains qui vivent dans des dogmes politiques et de leur démontrer, tant que faire se peut, que certaines propositions - même si elles ne collent pas aux idées de leur parti - semblent logiques et devraient à minima être investiguées.

Il y a 10 ans, quand on me parlait de l'allocation universelle, j'imaginais - comme trop de personnes - que ce serait une prime à la fainéantise.

Depuis lors, j'ai eu des formations en management où l'on m'a expliqué les différents profils psychologiques des personnes, liés à des valeurs inculquées dès l'enfance, qui m'ont démontré que pour un potentiel fainéant, il y a trois actifs qui seraient incapables de rester à ne rien faire.

La première erreur est de penser, comme les fans de l'économie comme seul "way of life", que le "TRAVAIL" est la seule valeur démontrant un investissement sociétal.  Oui, pour des raisons financières (le paiement d'impôts pour rentrer de l'argent à reverser à la société), il est important.  Mais si l'on veut parler de la vie en société, l'important est plus l'"ACTIVITÉ".  De nombreuses personnes sont bénévoles et apportent leur pierre à l'édifice d'une société plus harmonieuse.  Ceci répond donc à l'argument principal "salaire pour les fainéants".  Ce sera aussi une rémunération pour les occupés en dehors de l'économie traditionnelle et tant pis si pour un petit nombre, c'est une prime à ne rien faire.  Ne rien faire, ce sera peut-être aussi acceptable dans nos sociétés post Covid-19.

La seconde pierre d'achoppement mise en avant serait que tout le monde (handicap, dettes du passé, etc.) n'a pas les mêmes chances au départ et donc, qu'il ne faudrait pas une égalité entre tous au niveau d'un revenu universel de base.
Mais qui parle encore d'"ÉGALITÉ" - à part les communistes - dans une vision plus large de la société?
Ici, on parle d'"ÉQUITÉ".  Ce qui veut dire qu'avant d'avoir une allocation universelle de base identique pour tous, on peut toujours envisager de mettre en place d'autres mécanismes afin de redonner une égalité des chances à tous. Et donc, ajouter d'autres mécanismes en dehors de cette allocation permettant de rééquilibrer les biais de vie liés à des problèmes sur lesquels on n'a pas de vrai prise.


A partir du moment où l'égalité des chances (l'équité) est rétablie - soit qu'un maximum de monde possible est sur la même ligne de départ et a des outils qui compensent ses faiblesses - on donne un revenu plancher calculé afin que tout bon gestionnaire puisse gérer ses besoins primaires de la pyramide de Maslow: un logement à température et sécurité correctes, des repas sains, de quoi se vêtir selon les saisons, des soins de santé de base (pour toute personne qui n'est pas née avec des problèmes qui doivent être traités spécifiquement) et l'accès à l'information et l'éducation. 
On continue donc bien à avoir des services publics pour compenser les injustices et les accidents de la vie.
Enfin, pour tout ce qui n'est pas "basique", on continue également de permettre aux gens de s'investir dans l'économie pour gagner plus d'argent et pouvoir par après l'utiliser dans des loisirs, dans la possession de biens et autres libertés d'actions (dans le respect de la planète et d'autrui 😎 ).

Ça, c'était juste la base de la réflexion, pour empêcher que les gens ne jettent le projet avec l'eau des patates de confinement...

Sur le "comment", je n'ai aucune prétention de proposer des solutions chiffrées.  De grands spécialistes ont déjà travaillé sur la question et semblent dire que ce pourrait être économiquement supportable: Philippe Van Parijs et Philippe Defeyt en étant les fers de lance dans nos contrées. 

Sur le "pourquoi", voici une explication générale en vidéo par un membre du parti pirate que je trouve pertinente: https://www.youtube.com/watch?v=X4ybXLa8WMA#action=share

Je vois personnellement au moins trois avantages: 

- Le revenu universel permettrait aux citoyens de faire vivre la solidarité et le bénévolat.  Comme expliqué ci-dessus, je ne crois pas en la valeur "travail" (qui sous-entend une acceptation tacite du principe d'une monétisation de celui-ci). 
Je crois en la valeur "activité", qui sous-entend que l'on peut s'investir dans la société pour autre chose que pour de l'argent et que, si ses besoins de base sont assurés, l'envie de se rendre utile suffirait pour faire le bien autour de soi.  Je reste convaincu que pour les profils "altruistes" et  "actifs compulsifs", cela permettrait d'éviter bien des burn-outs, des bore-outs et des dépressions. 

- Le revenu universel permettrait à certains d'inventer, de concevoir, d'essayer et éventuellement de devenir entrepreneur ou producteur local après cette période de recherche.
Je pense que la peur d'entreprendre par manque de filet de sécurité est un frein à l'évolution de notre société et de notre bien être.  Je pense que les profils "actifs compulsifs" et "penseurs" pourraient y trouver un parfait tremplin pour leurs idées et actions.

- Le revenu universel permettrait entre autres aux citoyens de se réintéresser à la politique.  Si l'on revient au principe de base de ce blog, il faut faire un lien avec la politique.  La politique doit évoluer, elle doit se rapprocher des électeurs en démocratie et pour se faire, les solutions proposées butent toutes sur un obstacle principal: ceux dont ce n'est pas le métier (et Dieu sait que je pense qu'il ne faut plus de professionnels en politique) n'ont pas le temps de faire de la politique, parce qu'ils ont trop de "travail" (ou d'"activités").  Permettre via ce revenu de consacrer une partie de son temps à faire de la politique avec un grand P permettrait peut-être de sortir notre système de la sclérose dans laquelle il s'est noyé et qui risque de le faire fort déchanter quand la pandémie sera derrière nous et qu'il ne restera que les ruines de notre système d'avant.

Pour ces raisons, et pour d'autres, je pense que cette solution doit être réfléchie et estimée et qu'il faut arrêter d'utiliser des arguments qui n'en sont pas pour essayer d'éviter ce débat.

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Updates du 07/04:
- Suite aux retours qui me parlent de l'abandon de l'essai en Finlande, je voulais proposer en réponse cette vision de la raison de l'abandon en question.
- Pour les gens qui me disent "les très riches vont en profiter aussi", je dis "Oui, et alors?"  En effet, avec des mesures fiscales adéquates, ce n'est pas un problème.  Le tout est d'organiser une taxation juste, pas de savoir d'où les rentrées viennnent.
- Pour ceux qui disent "pas finançable", je dis "planche à billets".  Ce que la BCED a fait pour sauver les banques en 2008, pourquoi ne pas l'envisager pour sauver une vision entière de la civilisation?  En tout cas, c'est à investiguer... 

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