Le mandat est donné par l'électeur, pas le militant ou le président...

Il y a des choses qui paraissent évidentes pour tout un chacun en politique qui, moi, me heurtent au plus haut point.  Une de ces choses est le pouvoir donné aux militants dans notre système représentatif.


Quand j'entends que chez Ecolo, la "démocratie interne" fait que le choix des ministres se fait parfois à 2h du matin au vote "des militants", cela sous-entend que la personne qui va pouvoir faire évoluer la société sur base d'un mandat donné par un pourcentage non négligeable de la population lors d'élections va être choisi par une toute petite minorité de personnes, sans doute même pas représentative de l'ensemble des militants du parti et donc à des années lumières potentielles de l'avis de l'ensemble des électeurs.

Quand j'entends qu'au PS, le candidat président est élu avec 95% des voix des militants présents (30% du total) alors qu'à une époque, son profil était considéré comme "trop bourgeois", "pas assez proche des militants" par une majorité de la base et qu'il n'a pas spécialement changé depuis lors, je me dis que l'on fait dire ce que l'on veut aux chiffres. 
Pourtant, on sait bien que le président du parti le plus important de Wallonie va ensuite prendre des décisions qui toucheront tout le monde.

Quand j'entends qu'au MR, une machine de guerre particratique s'est mise en place pour porter un candidat désigné par l'appareil comme "le meilleur candidat" (en faisant même fi de la solidarité des genres) alors que ledit candidat était - en off - présenté comme la victime tout désignée en cas de non accès au pouvoir après les élections, on se dit que si les militants suivent l'appareil avec un score important, c'est que la démocratie interne (où tous les militants peuvent voter) y est une vaste fumisterie.  
Et dans ce parti aussi, on a déjà vu dans un passé proche qu'il y avait parfois une sacré distance entre le mandat de l'électeur et les décisions de l'appareil (dont le fameux "jamais avec la NVA").



Bien évidemment, je ne suis pas naïf: le vote étant secret, il n'y a aucun moyen de pouvoir demander aux électeurs d'un parti de se prononcer sur chaque décision importante.  Par contre, dans une démocratie qui n'offre pas de possibilité à ses citoyens de donner des avis en cours de législature, cet éloignement entre l'électeur et les militants ou les appareils est un problème.

Autre point à relever en cette période de campagne électorale interne des partis: il y a parfois scission sur les idées à l'intérieur des partis.  Que ce soit au niveau de la gouvernance au PS, celui de la migration ou de l'écologie au MR voire chez Défi, l'orientation qui sera proposée par après par le parti, via son président ou ses ministres, ne représentera qu'une partie de l'opinion des militants.  
Ce qui veut bien dire que les prochaines années, vu le fonctionnement particratique qui n'offre que peu d'indépendance aux mandataires s'ils veulent conserver leurs avantages, la vie de la société va être orientée autour de choix qui seront sans doute éloignés des mandats qu'auraient voulu donner les électeurs.


Si on avait un système dont la délégation de pouvoir n'était que temporaire durant la législature ou adaptable selon les sujets, avec obligation pour le citoyen de s'investir dans le débat pour justifier son avis, on pourrait accepter d'avoir ce type de désignation de mandataires.  Mais comme la démocratie liquide n'est pas encore une solution comprise ou validée, nous sommes devant une équation insoluble qui ne permettra pas à quelque mandataire que ce soit de rapprocher le citoyen de la politique sans envisager de profondes réformes du fonctionnement de la représentation politique.

Et entretemps (ou en parallèle), il faudrait déjà une première étape pour permettre au citoyen qui ne vit pas dans la caricature (je suis ouvrier, je vote à gauche; je suis indépendant, je  vote à droite; j'aime les animaux, je vote écolo, etc.) de pouvoir se repositionner envers des projets qui ne dépendent pas du bon vouloir de quelques militants (dont on pourrait d'ailleurs se demander en ces temps de défiance politique pour quelles raisons ils prennent la décision de rentrer dans tel ou tel parti politique plutôt que d'agir via la société civile).

C'est pourquoi, bien plus qu'une fracture "gauche/droite" qui joue de caricatures (bain de sang social, désert économique, fin du monde, etc.), le temps de la scission entre ceux qui s'ouvrent au monde extérieur (appelons-les les progressistes) et ceux qui se replient sur eux-même (appelons-les les conservateurs) doit venir.
Pour ce faire, je reste convaincu qu'une recomposition politique reste la seule solution réaliste qui entraînerait de facto un besoin de s'inquiéter des intérêts de l'ensemble des électeurs, et pas seulement de quelques habitués.

Le militant du 21ème siècle ne doit plus être inféodé à un parti, il doit pouvoir faire fi des idéologies quand on lui demande un avis et pouvoir soutenir des idées politiques plus que des personnes et des partis.  On peut être "militant" sans devoir prendre de carte... ou en en prenant plusieurs selon les sujets abordés ! 
Alors, on pourra laisser le pouvoir aux "militants", car ce seront avant tout des "citoyens".

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