Tuer la particratie, deuxième nécessité pour améliorer la politique

Avant tout, qu'est-ce que la particratie? 
Si on regarde la définition du dictionnaire, cela désigne - le plus souvent avec une connotation négative en français, en italien (partitocrazia) et en espagnol (partidocracia) - une forme de gouvernement au sein duquel le pouvoir serait exclusivement détenu par des partis politiques.
En ce qui me concerne, la particratie est tout ce qui lie les mains des personnes affiliées à un parti et qui les empêche d'avoir une certaine liberté d'expression en dehors des dogmes du parti ou qui permet au parti d'obliger les élus et mandataires à suivre les directives sans coup férir en jouant sur d'éventuels pertes d'avantages, voire simplement de conservation de ses revenus.


Quels sont les arguments contre cette particratie?
1. l'omnipotence des président(e)s de partis est le premier problème qui est inacceptable avec ce système.  En effet, les décisions importantes sont prises par les responsables de parti: que ce soit au niveau des négociations, des alliances, des choix de représentants ou simplement des consignes de vote.
On peut rappeler que les responsables de partis ne sont pas élus au suffrage universel et sont même souvent élus par défaut (manque d'opposants réels, nomination entre copains, élection par une minorité non représentative, etc.).
Ces président(e)s quasi omnipotent(e)s décident ensuite qui placer comme mandataire dans des institutions dont certaines devraient parfois faire office de contre-pouvoir.  Ils imposent donc leur vision sans faire cas de potentiels conflits d'intérêts.
Le pouvoir des hommes (plus rarement des femmes) forts est donc beaucoup trop important si l'on se dit partisan d'une réelle liberté de penser et d'agir.

2. l'entre-soi est le deuxième problème qui sclérose la politique: le système particratique a complètement bloqué l'apparition de nouveaux partis ou de nouveaux courants: les "nouveaux visages" en politique ont toujours été adoubés par la direction d'un parti classique.
Pour avoir essayé plusieurs fois de lancer des mouvements politiques différents, le constat est toujours le même: pour "compter" dans le paysage politique belge, il faut des moyens financiers et/ou des personnalités connues.  D'un côté, le financement public des partis traditionnels et la limitation (justifiable) de dons aux non traditionnels empêchent de jouer sur un pied d'égalité et de l'autre, les personnalités connues sont souvent pieds et poings liés à leur parti.
Bref, il y a une espèce de fonctionnement d'habitués qui entraîne une sorte de "pensée unique" aussi appelée le "on a toujours fait comme ça".


Quelles pourraient être les solutions?
1. La transparence devrait être une évidence car elle permettrait de contrôler ceux qui sont au pouvoir.  Chaque décision devrait être justifiée: il n'y a pas de raison inacceptable ou de stratégie inavouable en démocratie; il n'y a que des décisions qui ne sont pas assumées et qui laissent ouvertes toutes les supputations.  Si un parti se positionne (coalition, accord, placement de personnes, listes de candidats, etc.), il doit pouvoir expliquer pourquoi et avec quel objectif.  S'il ne sait pas le faire, c'est qu'il y a anguille sous roche.

2. Les discussions entre élus de divers partis et citoyens ouverts aux affaires du monde et aimant le débat et la réflexion devraient être possibles en dehors du cadre traditionnel d'un parti.  En effet, tant que chaque discussion sur un sujet se fera entre gens d'une même idéologie pour ensuite venir avec des décisions "fermes" qu'il faut défendre face aux idées bien arrêtées des autres partis qui ont également pris des décisions en leur sein, on n'aura jamais que des compromis boiteux et des compromissions.  Il faut que les cerveaux se parlent dans un cadre ouvert, où tous les sujets peuvent être abordés sans tabou et sans en référer à ce qu'un parti défend: c'est la base de la co-construction.
On sait qu'il existe des cercles de pouvoirs où ce type de rencontre entre élus et décideurs se fait, mais cela reste fort de l'entre-soi entre classes dominantes éloignées de la réalité du monde.

3. Pour que quelque chose change vraiment, il faut envisager un autre fonctionnement politique qui impliquerait beaucoup plus le citoyen et beaucoup moins quelques décideurs dans les partis.
Je suis de plus en plus sceptique sur les divers référendums car les intérêts personnels et l'émotionnel risquent toujours de prendre le pas sur des choix réfléchis et mis en place pour des raisons plus rationnelles et à visée à plus long terme.
Je continue à soutenir la démocratie liquide comme alternative à notre système: permettre de donner délégation de son pouvoir à une personne et pouvoir lui retirer ce pouvoir en cours de route s'il nous déçoit reste une solution idéale par rapport à ces délégations de voix immuables qui permettent à certains de faire l'opposé de leurs promesses pendant toute une législature.

Conclusion
La particratie est une institution dans notre pays.  Je ne pense pas que l'on puisse facilement s'en débarrasser.  On ne peut qu'espérer des changements de la carte politique via des restructurations de certains partis "en crise d'identité"  (cdH, Défi, MR voire Ecolo) qui enlèveraient du pouvoir aux dirigeants tout en en rendant, si pas aux citoyens, si pas aux électeurs du parti, à tout le moins à l'ensemble des membres (et pas à une minorité donc c'est le passe-temps) grâce à la technologie et ceci tout en appliquant la transparence.
On peut aussi espérer des ouvertures à des gens non élevés dans le sérail qui garderaient une belle indépendance d'esprit ou la multiplication de rencontres de type "cafés politiques" impliquant des élus intellectuellement indépendants.
Pour le reste, c'est assez compliqué quand on voit l'historique des partis mais en période de crise, on peut toujours espérer un sursaut de certains...

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