Le foulard islamique de sport, ce brûlot...

Sujet compliqué s'il en est qui hante les réflexions de bien des responsables politiques depuis des décennies: le foulard islamique.  A l'exception des partis racistes, avoir un avis clair sur un sujet aussi polémique est souvent une gageure si l'on veut en faire un point de programme.

Avant tout, une précision.  Contrairement à beaucoup qui s'expriment sur ce sujet, je ne revendique aucune autre expertise que celle de ma réflexion au fil des années.  Je n'ai ni lu ni interprété les textes religieux qui l'abordent.  Etant moi-même non pratiquant, il m'est déjà difficile de comprendre comment un humain, homme ou femme, accepte que des textes vieux de plusieurs siècles puissent être considérés comme plus importants que ce que la science, la démocratie ou simplement les règles de bonne vie en commun nous racontent.  Mais c'est une autre histoire...

Pour en revenir au sujet du foulard, la résurgence des tensions suite au cas du hidjab sportif chez Décathlon a permis de démontrer qu'il y avait au minimum 4 camps qui intervenaient dans le débat (hormis les racistes purs dont je ne tiendrai bien évidemment pas compte, leur avis n'étant basé sur aucune logique mais sur de l'émotion négative pure).

D'abord, on note le camp des "pro-religions", qui considèrent qu'un signe ostentatoire de reconnaissance de sa religion ne doit pas être un problème et que le foulard n'est qu'un signe de cette position - acceptée sans contrainte par les femmes qui le portent - et ne devrait pas poser plus de problème qu'un chapeau cher qui montre une appartenance à une classe sociale ou une écharpe de supporter de football.

Ensuite, on relève le camp des "pro-émancipation", qui expliquent que, coincées sous le joug de l'interprétation peu égalitaire d'une religion par les hommes, les femmes y voient une opportunité de pratiquer une activité qui ne leur serait pas accessible facilement dans d'autres conditions.

On peut également noter le camp des "anti-discrimination" qui voient dans ce foulard une remise en cause de l'égalité homme-femme à partir du moment où cette obligation envers la femme de se couvrir pour éviter la convoitise de l'homme n'a pas son équivalent chez ce dernier.  En effet, seule la femme semble avoir des "comptes à rendre" avec cette vision religieuse.  Pourquoi cette inégalité basique pourrait-elle se justifier?

Enfin, il y a le camp des "pro-laïcité" qui s'opposent à tout signe ostentatoire lié à une religion, considérant que la religion est une affaire privée et que dans les lieux publics - dont les lieux de sport - il n'est pas question d'offrir la possibilité de faire acte de prosélytisme.

Que peut-on penser de tous ces "camps" quand on n'a pas un avis tranché sur la question et qu'on accepte de réfléchir sans "à-priori"?

Signalons d'abord deux débats/interviews récents sur le sujet faits de manière professionnelle et journalistique en radio qui m'ont permis de remettre à jour certaines visions du phénomène de manière contradictoire.
Avec toutes ces informations, comment se positionner?

Premièrement, il est factuel de dire qu'il y a des pays où le port du foulard n'est pas une décision libre.
L'an passé, pour la journée des droits des femmes, on lisait encore que le port du foulard était une obligation et que ne pas le respecter pouvait entraîner une peine de prison. La loi en vigueur en Iran depuis la révolution islamique de 1979 impose aux femmes, Iraniennes ou étrangères, et quelle que soit leur religion ou croyance, de sortir tête voilée et le corps couvert d'un vêtement ample plus ou moins long.

En ce qui concerne ces pays, tout progressiste libéral se doit de se ranger dans le camp des "anti-discrimination".  Les arguments des "pro-religions" ne tiennent pas la route car il n'est absolument pas question d'égalité, ni de liberté dans ces comportements. 
On peut néanmoins rejoindre le camp des "pro-émancipation" car le port du foulard permet à certaines femmes la pratique de sports qui ne leur serait pas accessible autrement, comme les femmes qui défendaient l'Arabie Saoudite aux jeux olympiques de 2016. On peut néanmoins se rappeler qu'alors, la Ligue du Droit International des Femmes (LDIF) considérait que la tolérance du voile dans les compétitions sportives bafouait la charte olympique.

Par contre, dans nos pays, où la loi protège des discriminations et permet la liberté de culte, les arguments des "pro-religions" peuvent être compris et utilisés.

Ils avancent l'idée qu'en islam, le port du voile est un acte de foi qui relève de la liberté de conscience.  En ce sens, il renvoie à la volonté d’une femme musulmane d’agréer, au long d’un cheminement spirituel, à une injonction divine parmi bien d’autres.
C'est - selon moi - acceptable sur cette base, tant que ceci ne donne aucune légitimité à juger une autre femme qui aurait trouvé d’autres formes d'épanouissement spirituel, par rapport à celle voilée.
Dans une société libre, ce choix ne doit appartenir qu’à la femme.


Dans ce débat, les femmes musulmanes, où qu’elles soient, sont appelées à sortir du mutisme pour s’approprier – au nom des valeurs universelles – leurs droits légitimes. Il s’agit, pour elles, de refuser l’imposition machiste voulant les voir voilées ou à l'inverse dénudées pour - par exemple - une vision commerciale telle que dans les publicités.

Il faudrait donc pouvoir dépassionner le débat et essayer de construire ensemble une véritable citoyenneté égalitaire en permettant de faire du cas par cas et surtout arrêter de faire des simplifications et des amalgames.

Dans le cas du foulard de chez Décathlon, l'argument qui me parle le plus est celui qui s'oppose à la banalisation d'outils de cultes dans des magasins dont ce n'est pas le fond de commerce.  Doit-on - pour illustrer de manière caricaturale - y accepter des passoires allégées pour les pastafariens ou des kippas auto-adhérentes pour les juifs?
Je pense donc qu'il ne faut pas faire de choix religieux uniquement sur base de la quantité potentielle vendue.  Si une chaîne "tout public" veut faire dans le religieux, elle doit suivre sa pensée jusqu'au bout et proposer les alternatives pour toutes les religions.
Comme cela n'arrivera pas, pour des raisons purement financières, je reste partisan de l'obligation de laisser ces équipements pour des boutiques spécialisées dans le culte. 
Après, le débat pourra se faire sur le fond.

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