Les partis traditionnels, ces caricatures gyroscopiques*

Au commencement (de la nouvelle ère), était l'ouverture de la Politique aux citoyens, aux "non militants des partis" et la mise en place de la transparence.
Ils avaient tous juré le cœur sur la main qu'ils avaient compris le message de l'électeur et qu'on ne les reprendrait plus jamais à faire de la particratie et de la politique politicienne.
D'ailleurs, pour montrer leur bonne foi, ils avaient pour l'un changé le nom de sa liste aux communales, pour l'autre ouvert les places aux citoyens de la société civile, voire encore regroupé des partis dans des listes communes.
Ils promettaient tous le décumul intégral, des salaires ou des mandats.
La transparence était leur nouveau leitmotiv!  Plus jamais d'affaires, une politique rénovée et propre, voire participative.


Mais çà, c'était quand les affaires étaient au devant de l'actualité. Samusocial, Publifin, KazakhGate et d'autres démonstrations que le pouvoir montait à la tête de beaucoup menaient les discussions et les élus avaient peur de paraître toujours plus loin de la réalité des électeurs.

Sauf qu'entre-temps, alors que la "mère de toutes les élections" arrive, les affaires ne sont plus au devant de l'actualité.  Maintenant, on ne parle plus que de Climat.
Ils savent que la mémoire de l'électeur est à très courte durée et que les élections se gagnent dans les derniers jours du scrutin: les électeurs définitivement acquis à la cause et au dogme d'un parti ne pouvant changer d'idée et les autres ne se décidant qu'au dernier moment.

Donc, les partis semblent avoir viré leur cuti sur toutes ces belles promesses.  Vous en doutez?
Voyons ensemble!

Le parti des libertés individuelles, ce parti composé d'une frange conservatrice et radicale et d'une frange (de moins en moins audible) libérale "des lumières" est en ordre de marche:


Que remarque-t-on?  Que le libéralisme semble être représenté par des mâles blancs de plus de 40 ans en costume.  A choisir entre le camp de la liberté (d'être, de s'habiller, de s'exprimer), de la parité homme-femme et celui du conservatisme économique, il semble que le choix soit fait.

Ensuite, le parti de l'humanisme, qui semble pourtant avoir décidé de se replacer (pour des raisons vraisemblablement électoralistes) dans la ligne de son compère chrétien flamand - quitte à renier ladite disparition du "chrétien" - semble miser sur le "renouveau et expérience".


De fait, si on regarde sur Bruxelles, Céline Frémaut n'est pas la plus ancienne dans le Landerneau politique.  Mais autour, on trouve Joelle Milquet, Philippe Malherbe et Pierre Kompany, le tout dirigé par Maxime Prévot.
Renouveau? Philippe Malherbe, 63 ans et Pierre Kompany, 71 ans l'incarnent.
Expérience? Joëlle Milquet, 58 ans, toujours inculpée fut en effet élue en 1995 pour la première fois; Maxime Prévôt semble candidat à un cumul "bourgmestre de la capitale de la Wallonie, président du parti, député fédéral (avant ministre?)" alors qu'il avait promis en 2018 de se consacrer à sa ville "à 100%".
Oublié le décumul, oublié l'ouverture aux citoyens ou aux autres listes, oubliées les jeunes pousses en tête de liste.  Bref, le cdH me semble bel et bien retourner à sa vision PSC.

Que peut-on dire de Défi, outre le fait que dès qu'il peut récupérer des anciens d'autres partis, il se jette sur l'occasion plutôt que de s'ouvrir largement à de nouvelles personnes non issues de la particratie?
Que Bernard Clerfayt, bourgmestre depuis 2001, député depuis 1989 est tête de liste à la région.
On ne sait pas encore beaucoup plus pour le reste, le parti "Maingain" devant quasi totalement se renouveler depuis que son leader incontesté (président depuis 1995 - député depuis 1989) a décidé de passer la main tout en n'ayant pas vraiment réussi à implanter son parti en Wallonie via les communales, ses seuls succès étant dû à des démarchages de faiseurs de voix locaux.
Ce n'est donc pas là non plus que l'on note directement un monstrueux changement.

Faut-il vraiment revenir sur le parti qui accumule les affaires depuis le siècle passé, où son potentiel futur président qui cumulera alors avec la gestion de sa ville (contrairement à ce qu'il a promis en 2018) se présente à une élection où il déclare "honnêtement" qu'il ne siègera pas?


Il est toujours mené par un inoxydable (ou presque) Elio Di Rupo qui n'avance plus que des promesses qu'il aurait pu tenir 1000 x puisqu'il a quasi toujours été au pouvoir partout et une Laurette Onkelinx, qu'on n'a jamais autant vu que depuis qu'elle a annoncé quitter la politique et laisser la place aux jeunes.  Lesdits jeunes qui avaient essayé - à l'époque où la bonne gouvernance étant encore à la mode - de faire passer le décumul intégral et d'autres décisions fortes via un groupe "groupons nous" qui a disparu des radars sans obtenir de résultats.

Même Ecolo, pour qui j'ai une grande estime sur ses positions "éthique et gouvernance", a réussi à accorder 7 dérogations à ses statuts parce que, "vous comprenez, on ne peut pas perdre une telle expérience de la politique".  Pour moi, cela s'appelle entretenir une professionnalisation politique et, même si le règlement le permet, c'est contourner ses valeurs.

Faut-il enfin s'appesantir sur les champions du populisme et de la récupération climatique qu'est le PTB?  Non, car rien n'est vraiment surprenant dans ces actes.

La conclusion est donc claire: le changement ne viendra pas des partis traditionnels, qui ne peuvent pas changer, parce qu'ils sont créés sur et par le système actuel et que le système actuel ne peut leur permettre de changer.
Quand je dénonce ceci, on me rétorque que je suis aigri ou frustré de ne jamais avoir fait partie de ce "jeu" politique.  Il y a peut-être un fond de vrai, mais c'est principalement l'inverse: jamais je n'aurais pu jouer ce jeu de dupe vu mon profil psychologique.

Le seul changement pourra venir de l'extérieur: de groupes de pression, de la société civile ou de choses plus graves dont on n'a pas spécialement envie de parler pour le moment, car on veut toujours espérer que la violence et/ou les grosses crises démocratiques ne seront pas nécessaires.


* Caricatures car on n'a même pas besoin de forcer le trait pour s'en moquer tellement ils tendent le bâton pour se faire battre - gyroscopiques parce qu'à chaque fois que tu les éloignes de leur comportement défaillant, ils y reviennent rapidement et de manière automatique.

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